Contes extraordinaires

Contes extraordinaires

$2.00
Digital product, no quantity selection needed. Download after payment.

ERNEST HELLO

Contes
Extraordinaires

PARIS
LIBRAIRIE ACADÉMIQUE
PERRIN ET Cie, LIBRAIRES-ÉDITEURS
35, QUAI DES GRANDS-AUGUSTINS, 35

1921
Tous droits réservés.

 


 

PRÉFACE

Voici un livre de contes. Il fait suite à mes ouvrages. Il n’arrive pas, en qualité d’exception, comme un travail d’un genre à part. Il dit, en un autre langage, ce que j’ai déjà dit ; il escorte, il accompagne, il commente, il résume mes pensées et mes écrits.

Ceux qui me connaissent, me reconnaîtront.

J’ai voulu donner le corps d’un récit aux vérités que j’exprime habituellement : ceux qui, dans mon livre de l’Homme, ont lu le Veau d’or, ne seront pas étonnés de lire Ludovic dans mon livre de contes.

La science sans Dieu et la science avec Dieu, étudiées aussi dans le livre de l’Homme, seront reconnues par le regard intelligent qui se fixera sur Les Deux Étrangers, etc., etc.

L’homme est quelquefois en armes contre la vérité. Quand elle vient à lui, sous la forme sévère d’une théorie, il se raidit quelquefois, et cherche, dans son arsenal, des traités pour la repousser.

La vérité, qui veut bien revêtir la forme du conte, ne dit pas son nom tout d’abord. Elle s’adapte aux préférences de l’homme, toujours enfant, avide de faits et de récits, elle lui parle avec bonté. Elle parle maternellement, et pénètre, cachant ses armes, dans l’intelligence désarmée qui l’écoute et qui l’accueille.

Le conte est la parole humble et solennelle, mystérieuse et bienveillante, des grandes vérités.

Le conte est en lui-même une des formes les plus antiques, les plus profondes, les plus fécondes, et j’oserais dire les plus vénérables de la parole humaine. Toutes les grandes vérités ont des contes autour d’elles. Le mot de conte, dont le langage mauvais et profane a fait le synonyme du mot mensonge, ce mot de conte devrait précisément être réservé à l’expression des choses vraies. Dans le conte, la chose extérieure, le récit est la création de l’écrivain. Mais la chose intérieure, l’idée, le fond est le patrimoine de l’humanité. L’habit du conte est taillé par l’auteur. Son corps appartient au dépôt des vérités universelles.

Les contes par lesquels on berce les enfants profanent quelquefois la majesté du conte en même temps que celle de l’enfance.

Le conte est l’expression d’une idée sous la forme d’un fait. Il est adapté à l’homme qui a un corps et une âme.

Le conte est la complaisance d’une haute vérité morale qui veut bien prendre la forme d’un récit pour entrer plus facilement dans l’oreille humaine. L’homme aime qu’on lui raconte quelque chose. La vérité morale se penche, se plie à son tempérament, et, prenant la forme qu’il aime, s’introduit, sans le prévenir, dans son intelligence.

Ce livre commence et finit par la recherche du Nom de Dieu.

La recherche du Nom de Dieu est le drame de la vie humaine.

Vous êtes le Christ, Fils du Dieu vivant, dit saint Pierre à Jésus-Christ. La terre, depuis quatre mille ans, attendait cette profession de foi.

La recherche du Nom de Dieu qui est la vie des sociétés, est aussi la vie des individus.

La vie des sociétés s’appelle l’histoire.

La vie des individus s’appelle le drame.

Drame vient de δραω, faire. Chacun de nous fait quelque chose, le bien ou le mal.

Chacun de nous affirme ou nie le Nom de Dieu.

Mais il est un autre nom qui ne sonne pas comme le Nom de Dieu, il rend un son tout à fait opposé. Et, à chaque instant, dans la vie, dans l’histoire, dans la religion, dans l’Écriture sainte, il est suscité par le Nom de Dieu, et appelé par lui, rapproché de lui mystérieusement.

Ce nom, c’est le nom du pauvre.

Le pauvre, dit David, est celui qui est abandonné à Dieu.

Il est la part de Dieu, et Dieu est son vengeur.

Or il y a mille espèces de pauvres. Le pauvre est celui qui a besoin, et il y a mille espèces de besoins. Quiconque sent quelque part, au fond de lui, un vide quelconque, est le pauvre dont je parle.

Ce livre semble placé entre deux noms, le Nom de Dieu et le nom du pauvre, comme un pont jeté entre deux abîmes.

Reviews (0)

No reviews yet

Write a review

Please log in to review